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Qui ne s’est jamais dit lors d’une navigation sur le web ou en utilisant un logiciel : « Mais qui a conçu ça, ce n’est pas pratique ! ». 

Lors de la phase de conception d’une solution informatique, l’ergonomie fait partie intégrante du processus. Essayer de se mettre à la place de l’utilisateur final afin de proposer une expérience optimale, est un des objectifs de la business analyse.

Mais que se passe-t-il quand l’utilisateur souffre d’arthrite, qu’il ou elle est épileptique ou qui, comme l’auteur de ces lignes, est en situation de handicap visuel ?

La notion d’ergonomie se mue en celle d’accessibilité et c’est cette notion qui va nous intéresser. Mais avant de continuer, contextualisons.

Qu’est-ce que l’accessibilité numérique ?

« L’accessibilité numérique » désigne l’ensemble des mesures rendant accessible toute ressource informatique, numérique ou technologique aux personnes en situation de handicap. Ce dernier pouvant être, temporaire ou permanent, physique, sensoriel, mental, cognitif, psychique, polymorphe etc.

En France, l’accessibilité numérique est une obligation réglementaire pour toutes les ressources du secteur public (Loi du 11 février 2005 : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000809647/).

Pour les ressources du secteur privé, la réglementation est plus poreuse mais met tout de même l’accent sur l’accessibilité des moyens permettant l’accès et le maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap.

A la loi du 11 février 2005 vient s’ajouter le décret 2019-768 (24 juillet 2019 : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000038811937/) qui impose aux entreprises privées françaises, ayant un CA de plus de 250 millions d’€ et possédant des outils et contenus web, d’être conformes aux obligations suivantes :

  • Publication d’une déclaration d’accessibilité,
  • Publication d’un schéma pluriannuel de mise en accessibilité web et d’un plan d’action annuel,
  • Mise en place de dispositifs d’assistance et de contact permettant la remontée de défaut d’accessibilité.

De plus, toujours concernant le secteur public et les entreprises du secteur privé ayant un CA de plus de 250 millions d’€, différents jalons ont été identifiés afin de rendre accessible leurs ressources numériques en fonction de leur date de création et du type de la ressource :

  • Depuis le 23 septembre 2019 tous les sites internet, intranet et extranet créés depuis le 23 septembre 2018 doivent être accessibles.
  • Depuis le 23 septembre 2020 tous les sites internet, intranet et extranet créés avant le 23 septembre 2018 doivent être accessibles.
  • Depuis le 01 juillet 2021 toutes les applications mobiles, les progiciels et le mobilier urbain numérique doivent être accessibles.

Accessibility or not accessibility, that is the question ?

Que ce soit par conviction ou par pression légale ou sociale, le fait de rendre un outil numérique ou technologique accessible est loin d’être facile.

Tout projet informatique est le fruit d’un besoin. Ce besoin, une fois compris se transforme en exigence ou en user story (pour les plus agiles d’entre nous), qui deviendra à son tour une fonctionnalité concrète et utilisable.

En tant que business analyste, chasser le flou, poser les bonnes questions, rendre le besoin clair pour soi et pour le client est chose facile (faut-il encore connaitre les bonnes pratiques).

Mais quand est-il d’un besoin aussi multiple que le handicap lui-même ?

Est-il possible de rendre une solution informatique accessible aux personnes déficientes visuelles, déficientes auditives, aux autistes, celles souffrant du syndrome de Down, aux arthritiques ou encore celles et ceux souffrant de migraines chroniques et tout ça en même temps ?

« Spoiler Alert » : la réponse est non. Outre le fait que le handicap est multiple il est également polymorphe. Deux personnes reconnues avec un handicap similaire n’exprimeront pas forcément le même besoin. 

Alors comment faire pour être accessible ?

En tant que business analyste et personne en situation de handicap, l’accessibilité est au coeur de ma pratique professionnelle et de ma vie personnelle. Cette « double casquette » me permet aujourd’hui de vous fournir quelques conseils et axes de réflexions.

Conseil n°1 : Être généraliste.

Chercher à répondre à un besoin d’accessibilité spécifique (exemple : rendre un site web complétement accessible aux personnes déficientes auditives) n’est pas forcément le plus utile. L’accessibilité se doit d’aider le maximum de personnes. Plutôt que de privilégier une solution « lourde », il peut être préférable d’en additionner plusieurs moins complexes. Mises bout à bout, elles permettront de rendre l’utilisation nettement plus confortable pour l’ensemble des utilisateurs : présenter des textes simples et clairs, permettre à l’utilisateur de gérer la taille de la police, proposer le mode « sombre », éviter les arrières plans dynamiques avec changement d’images trop fréquentes, penser à la règle des « 3 clics », fournir des sous-titres pour tous les contenus vidéo, etc.

Conseil n°2 : Ne jamais extrapoler un besoin. 

J’ai très souvent rencontré des personnes, qui par bienveillance, agissaient de leur propre chef dans le but de m’aider. Or le meilleur moyen de m’aider à mieux percevoir mon environnement est de venir me demander comment je le perçois.

Comme écrit plus haut, deux personnes ayant le même handicap n’exprimerons pas le même besoin, comme il est fort probable qu’elles ne vivent pas le handicap de la même manière. 

Créer un environnement de confiance, ouvert sur le dialogue et sur l’échange permet très souvent d’éviter les incompréhensions, en particulier sur un thème aussi délicat que la différence et le handicap.

Conseil n°3 : Arrêter de croire que l’accessibilité ne concerne que le handicap.

Toute solution d’accessibilité mise en place servira autant les utilisateurs en situation de handicap que les utilisateurs valides. Une utilisation simple, un outil paramétrable, peut faciliter la vie de tout le monde.

Conseil n°4 : Être curieux.

  • Colour Contrast Analyser : est un petit outil qui permet de tester le contraste d’une page web ou d’un écran. Il est assez surprenant de voir le nombre de sites qui proposent un contraste inadapté à la vue humaine.
  • « L’accessibilité web. Normes et bonnes pratiques pour des sites plus accessibles » d’Armony Altinier aux éditions Eyrolles : Livre français qui donne pleins de pistes afin de rendre plus accessibles les sites web.
  • Lilia Benchabane : Jeune humoriste en situation de handicap qui décrit avec précision et humour le quotidien d’une « handicapée ». (Instagram : Bliindgirl).

Auteur : Mehdi Martel

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